Savièse, Notre-Dame des Corbelins

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A l’entrée de la vallée de la Morge qui relie par le col du Sanetsch le Valais au canton de Berne, la chapelle de Notre-Dame des Corbelins est devenue un lieu de pèlerinage. Plus haut se dresse une autre chapelle importante pour les gens de Savièse, près du bisse du Torrent-Neuf. Elle est dédiée à sainte Marguerite.

Savièse n’est pas un village mais une commune vaste et populeuse sur les hauteurs de Sion. Elle regroupe plusieurs hameaux et six villages dont Granois, le point de départ de notre promenade (carte).

Depuis Granois (854 m), nous prenons le trottoir le long de la route de la Chervignine pour le village suivant, Chandolin. A notre gauche se détache la colline de La Soie, boisée de ce côté. Occupée durant la préhistoire, ce site devint une forteresse médiévale dont il reste quelques ruines. Le château appartenait à l’évêque de Sion. Lors des troubles qui ont ensanglanté le Valais au 14e siècle, l’évêque Guichard Tavel y fut assassiné en 1375 par les sbires du chevalier Antoine de la Tour.


Mais passons à quelque chose de plus charmant, le paysage. La vue porte sur la vallée du Rhône, jusqu’à Martigny et ses montagnes. La vigne est omniprésente. Elle descend le coteau jusqu’à la rivière la Morge qui sépare Savièse de Conthey et remonte de l’autre côté. Du côté de Conthey, le sommet des vignes est élevé, à plus de 900 mètres d’altitude.

Nous traversons le village de Chandolin (à ne pas confondre avec le village du même nom dans le val d’Anniviers ou l’usine électrique de Chandoline près de Sion). Au centre, nous aurons une pensée émue pour le couple Dumoulin, qui habitait ici. Cet homme et cette femme disparurent dans le glacier de Tsanfleuron en été 1942, alors qu’ils allaient visiter leur bétail qui alpait au-delà du Sanetsch. Leurs corps ne seront retrouvés qu’en 2017. Le 22 juillet 2017, la famille, entourée d’une assistance nombreuse, pourra enfin célébrer leur enterrement à l’église paroissiale de Savièse.

Chandolin est aussi le village d’un religieux, le Père Basile Luyet (1897-1974), missionnaire de Saint-François-de-Sales, qui s’est distingué pour ses recherches dans le folklore et le patois et aussi, de manière très surprenante, pour son ouverture aux sciences exactes. C’était un spécialiste de cryobiologie, la biologie des basses températures ! Il enseigna aux Etats-Unis. Son buste se voit peu après la maison des époux Dumoulin.

Le chapelle des Corbelins (820 m environ) se trouve à la sortie de Chandolin, sur la route du Sanetsch. Elle existe depuis le 17e siècle. Les fidèles y vénèrent la Vierge Marie. Et même, c’était jadis une des étapes du « pèlerinage aux trois Marie », qui reliait trois sanctuaires mariaux de la région de Sion, Longeborgne, Plan-Conthey et Notre-Dame des Corbelins. Le mot corbelin fait peut-être allusion aux corbeilles dans lesquelles se trouvait le casse-croûte des pèlerins. Le grand vitrail de l’entrée représente le Christ qui accueille des enfants. L’endroit était en effet un sanctuaire à répit, un lieu où des enfants morts sans baptême étaient censés revenir à la vie quelques instants, le temps de recevoir le sacrement.

Nous retournons au village de Chandolin, où nous nous engageons à gauche pour la chapelle Sainte-Marguerite et le Torrent-Neuf. La signalisation était ensuite défectueuse lors de notre repérage. Au lieu de monter l’arête du Prabé entre le coteau de Chandolin/Savièse et la vallée de la Morge (itinéraire prévu sur la carte nationale), nous choisissons de marcher durant un quart d’heure sur le chemin de terre dominant Chandolin. On rejoindra une route goudronnée puis, à la hauteur d’un réservoir, la direction du Torrent-Neuf est désormais indiquée.

Sur les hauts de Chandolin et Granois, le chemin n’est pas très raide. Nous passons durant un petit moment le long de la torrentière des Champs-Etroits, un ruisseau qui traverse le coteau. Son eau provient du bisse du Torrent-Neuf, l’ancienne artère nourricière du coteau aride de Savièse.

Située tout comme Notre-Dame des Corbelins sur l’arête du Prabé, la chapelle Sainte-Marguerite (1154 m) domine de trois cents mètres la première chapelle que nous avons visitée. A cet endroit, le bisse du Torrent-Neuf, qui avait été capté dans la vallée de la Morge et dont l’eau était détournée grâce à des ouvrages spectaculaires accrochés ou taillés dans les falaises, rejoignait le coteau. Le bisse a été créé au Moyen Age.

Sainte Marguerite d’Antioche est connue pour avoir tué un dragon. Marguerite qui tue le dragon est le modèle des Saviésans qui domptent les forces de la nature au péril de leur vie. La chapelle possède des peintures illustrant de manière particulièrement suggestive l’histoire du bisse : au centre sainte Marguerite est invoquée pour la construction du Torrent-Neuf, à gauche les femmes prient à la chapelle et à droite les hommes travaillent au bisse.

Même si aujourd’hui un tunnel creusé sous le Prabé amène l’eau depuis la vallée de la Morge, le bisse a été revitalisé et constitue un excellent but d’excursion.

On peut s’engager dans la vallée sauvage ou au contraire prendre le canal dans le sens de son écoulement, sur le coteau, en direction de Prafirmin. C’est ce que nous allons faire. Il n’y a là aucune difficulté, mais soyons attentifs à ne pas nous tordre les pieds dans les racines coupant le chemin.

Après une demi-heure environ, nous quittons le bisse pour l’étang de Binii (appelé aussi étang de Silandan). Plusieurs étangs ont été installés par l’homme sur les hauts de Savièse, afin d’avoir des réservoirs d’eau.

Peu après l’étang de Binii, nous pourrions descendre en peu de temps au parking de Binii puis à Granois. Cependant, le paysage est plus beau si, à Motone (1051 m), nous continuons à flanc de coteau à travers les prés et le long des haies en direction de Chandolin. On repassera durant un quart d’heure sur notre itinéraire de l’aller, puis on continuera tout droit pour Granois, en suivant la torrentière des Champs-Etroits.

 

Quand la Bible parle des canaux de l’eau vive

Siracide 24,24-34 : l’être humain vivant de la sagesse divine est comme un bisse valaisan qui reçoit l’eau et la transmet plus loin !

Continuez à vous affermir dans le Seigneur ; attachez-vous à lui afin qu’il vous fortifie. Le Seigneur souverain de l’univers est le Dieu unique ; il n’y a pas d’autre Sauveur que lui. La Loi fait abonder la sagesse comme les eaux du Pishone (un fleuve du Paradis terrestre), comme le fleuve Tigre au temps des fruits nouveaux ; elle fait déborder l’intelligence comme l’Euphrate, comme le Jourdain au temps de la moisson. Elle fait couler l’instruction comme le Nil, comme le Guihone (un autre fleuve du Paradis terrestre) au temps de la vendange.
De même que le premier n’a jamais fini de connaître la sagesse, de même le dernier n’a pas encore repéré sa trace. Car sa pensée est vaste, plus que la mer, et son projet, plus profond que l’océan.
Quant à moi, j’étais comme un canal venu du fleuve, comme un aqueduc menant vers un paradis. Je me suis dit : « J’arroserai mon jardin, je vais irriguer mon parterre. » Et voici que mon canal est devenu un fleuve, et mon fleuve, une mer !
Je vais encore faire luire l’instruction comme l’aurore et porter au loin sa lumière. Je vais encore répandre la doctrine comme une prophétie et je la léguerai aux générations à venir. Voyez : ce n’est pas pour moi seul que j’ai peiné, mais pour tous ceux qui cherchent la sagesse.

Indications pratiques

Transports publics : depuis Sion, bus B 341 (bus circulaire ou bus pour Savièse, St-Germain), arrêt à Granois

Parking : gratuit à la sortie de Granois

Distance : 10,2 km

Durée : 2h55

Buvette à côté de la chapelle Sainte-Marguerite

Variante par les vignes

Il est possible d’effectuer un autre itinéraire jusqu’à Notre-Dame des Corbelins, en partant depuis plus bas sur le coteau (carte).

Notre point de départ est le hameau de Montorge, sis à côté du lac et de la colline du même nom (ou Mont d’Orge), très prisés des promeneurs et des naturalistes. On marche à flanc de coteau en direction du chemin d’accès au Château de La Soie. Au milieu du chemin, une petite tour, la Tournelette, porte les armoiries d’un prince-évêque de Sion du 17e siècle.

Nous voilà au bas du chemin du château de La Soie, d’où nous redescendrons au retour. Pour le moment, nous continuons dans la forêt. Comme les indications étaient défectueuses lors de notre repérage, et afin d’éviter une descente-remontée à Vuisse, nous proposons l’itinéraire suivant jusqu’à Chandolin : au moment où, dans la forêt, un panneau indicateur demande de descendre, continuer tout droit mais tourner à gauche à la prochaine intersection ; en arrivant à la route Vuisse-Chandolin, prendre un chemin devenant sentier à travers les vignes ; rejoindre la route et la suivre jusqu’au prochain contour (690 m) où l’on continue tout droit sur un chemin secondaire ; à l’entrée dans la forêt, traverser la torrentière (prudence sur le petit pont) ; suivre le sentier plus ou moins à plat puis montant à droite où l’on retrouve un itinéraire officiel pour Chandolin, tourner à gauche à la route du Piadelée qui mène au centre du village.

Depuis Chandolin, nous faisons un aller-retour jusqu’à Notre-Dame des Corbelins puis nous redescendons le village pour continuer sur Granois (route de la Chervignine). Comme nous l’avons signalé, la vue est très large sur la vallée du Rhône. Au parc à voitures à l’entrée de Granois, il faut tourner à droite et rejoindre la forêt. Le chemin plat qui suit l’ancien bisse de Couluirette conduit au château de La Soie, en restauration. On voit les ruines de la porte de ce bourg. Des bancs permettent une pause bienvenue face au panorama qui s’étend jusqu’à la Dent Blanche. Aux bancs, tourner à droite et descendre le long du coteau. Le sud de la colline de La Soie est très aride. La flore et la faune se sont adaptées en conséquence.

 

Au bas de la colline de La Soie, nous retrouverons la petite route à flanc de coteau qui mène en une demi-heure au lac de Mont d’Orge. Une visite à ce petit plan d’eau s’impose.

 

Indications pratiques pour la variante par les vignes

Transports publics : depuis Sion, divers bus dont B 341 (bus circulaire ou bus pour Savièse, St-Germain), arrêt à Mont d’Orge

Parking : gratuit au lac de Mont d’Orge

Distance : 10,4 km

Durée : 2h55