Le missel ou livre des prières de la messe tel que nous le connaissons en français est entré en vigueur à partir du premier dimanche de l’avent 1969. Par la suite, plusieurs modifications ont été apportées, notamment il y a quelques années, lorsqu’on a changé la version du Notre Père. Au lieu de dire : « Et ne nous soumets pas à la tentation », nous disons désormais : « Et ne nous laisse pas entrer en tentation ». Sans être un bouleversement majeur, la nouvelle traduction du missel qui sera adoptée le premier dimanche de l’avent 2021 comporte plusieurs nouveautés. Nous vous en présenterons quelques-unes, surtout celles qui concernent les paroles prononcées par les fidèles.

En plus de la révision d’un certain nombre de prières, préfaces et dialogues rituels, une plus grande place est donnée au silence et à la gestuelle. Autre évolution, les adresses sont désormais inclusives : « frères et sœurs » au lieu de « frères » auparavant. Enfin, l’accent est mis sur l’eucharistie en tant que mystère.

 

Voiler les croix et les statues

Le cinquième dimanche de carême marque une inflexion dans notre parcours liturgique. Nous pensons davantage à la passion du Christ. Le nouveau missel précise que l’on peut couvrir les croix et les statues à partir de ce moment. Voiler les statues permet de nous concentrer sur l’essentiel de notre foi. On voile aussi les crucifix, car on revit désormais jour après jour les événements de la passion, et le temps du crucifiement n’est pas encore venu. Que nos statues et nos croix soient voilées ou non, vivons nous aussi, jour après jour, les étapes de la passion, et accompagnons Jésus qui donne sa vie pour nous.

La sobriété liturgique du carême

Le nouveau missel précise que la présence de fleurs sur l’autel et l’utilisation d’instruments de musique sont admis pour le quatrième dimanche du carême. Cela implique leur absence durant les autres moments de la période ! Comme pour le jeûne, cette restriction de carême ne vise pas à se priver d’une chose pour elle-même, mais afin de nous concentrer sur l’essentiel dans la liturgie, l’écoute de la Parole de Dieu, le partage du pain consacré, la communion des frères et sœurs dans la prière.

Un nid pour les oiseaux

Lors des messes, si on ne chante pas, la liturgie nous invite à lire un petit texte après la communion. C’est l’« antienne de la communion ». Dans celle du troisième dimanche de carême, le nouveau missel est plus complet que l’ancien. Il s’inspire du psaume 83 pour proclamer heureux les habitants de la maison du Seigneur, mais il reprend au préalable la comparaison que fait le psaume entre la maison du Seigneur et les nids des oiseaux : « Le passereau lui-même s’est trouvé une maison, et la tourterelle, un nid pour abriter sa couvée : tes autels, Seigneur de l’univers, mon Roi et mon Dieu ! » En ce début de saison où nous voyons les oiseaux s’activer à la construction de leurs nids, fréquentons nos églises et faisons de notre cœur la maison du Seigneur !

La transfiguration de Jésus

Au deuxième dimanche du carême, nous lisons le récit de la transfiguration de Jésus sur la montagne. Moïse et Elie sont avec lui devant les disciples. Dans la « préface » (texte dit ou chanté par le prêtre avant le « sanctus »), la nouvelle traduction précise la raison de leur présence aux côtés de Jésus, ce qui n’était pas le cas avant : « Ainsi la Loi et les Prophètes témoignaient qu’il parviendrait par la passion jusqu’à la gloire de la résurrection. » Moïse et Elie représentent deux parties fondamentales de l’Ancien Testament, les cinq livres de la loi mis sous le patronage de Moïse et l’ensemble des livres historiques et prophétiques, que la tradition appelait les premiers et derniers prophètes, et que personnifie Elie. Moïse et Elie sont là sur la montagne comme caution fondamentale de l’Ancien Testament, qui garantit la mission de Jésus.

Du levant au couchant du soleil

Alors que dans l’ancienne traduction de la prière eucharistique n° 3 on disait que Dieu rassemble son peuple « partout dans le monde », on proclame désormais : « Tu ne cesses de rassembler ton peuple, afin que, du levant au couchant du soleil, une offrande pure soit présentée à ton nom. » Cette traduction reprend de manière plus littérale le verset du prophète Malachie (Ml 1,11) : « Du levant au couchant, mon Nom est grand chez les nations, et en tout lieu un sacrifice d’encens est présent à mon Nom ainsi qu’une offrande pure. » Image géographique pour parler de l’accès à tous au culte de Dieu. Saint Paul le montre également dans les lectures de ce dimanche : « Entre les Juifs et les païens, il n’y a pas de différence : tous ont le même Seigneur » (Rm 10,12).

Ite missa est !

Cette phrase célèbre prononcée à la fin de la messe a donné son nom à la cérémonie tout entière. Le mot latin missa apparaît à la fin de l’Antiquité comme synonyme du mot missio. Il désigne l’action de laisser aller. « Ite missa est » veut donc dire littéralement : « Allez, c’est le renvoi. » En français, on a pensé qu’il fallait traduire de manière plus élégante : « Allez dans la paix du Christ. » Le nouveau missel garde cette formule et ajoute plusieurs autres : « Allez porter l’Evangile du Seigneur » ; « Allez en paix, glorifiez le Seigneur par votre vie » ; « Allez en paix. » En ce temps de carême, nous nous n’oublierons pas qu’en quittant l’église où nous avons célébré la messe, nous avons une mission à remplir : mettre la paix et la joie autour de nous.

En communion avec notre pape François

La fête du 22 février porte un titre curieux, « la chaire de saint Pierre ». La chaire désigne le lieu où l’évêque enseigne les fidèles. Le mot cathédrale vient de là. Le 22 février « chaire de saint Pierre » célèbre donc la mission confiée à Pierre et ensuite aux papes, d’être les enseignants et les garants de la foi de l’Eglise.

Dans l’ancienne traduction du missel, après la consécration, on priait pour le pape François et notre évêque Charles. Désormais, par fidélité au texte latin, on prie pour notre pape François, tout comme pour notre évêque Charles. C’est une manière de souligner notre communion avec le pape François et son enseignement.
 

Les saints patrons de l’Europe

Le nouveau missel a pris soin de bien détailler les divers textes liturgiques en l’honneur des saints patrons du continent européen. On les trouve aux dates suivantes :

· 14 février : saints Cyrille et Méthode, apôtre des Slaves

· 29 avril : sainte Catherine de Sienne, mystique italienne

· 11 juillet : saint Benoît, père des moines d’Occident

· 23 juillet : sainte Brigitte de Suède

· 9 août : sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (Edith Stein), martyre à Auschwitz

Nous invoquons ces grandes figures qui ont témoigné de la foi et leur demandons d’inspirer notre action, des bords de l’Atlantique aux montagnes de l’Oural.

Jésus le Christ

« Jésus-Christ » n’est pas un nom composé comme Pierre-André ou Marie-Thérèse. Notre Seigneur a reçu le nom de Jésus. Christ n’est pas son deuxième nom. Le mot désigne sa mission et signifie l’envoyé, le Messie de Dieu, celui qui a reçu l’onction divine. La nouvelle traduction du missel favorise cette compréhension. Ainsi, parmi les manières de saluer les fidèles, la phrase suivante a été changée : « Que Dieu notre Père, et Jésus-Christ notre Seigneur vous donnent la grâce et la paix ». Désormais, le prêtre dira : « Que la grâce et la paix de Dieu notre Père, et du Seigneur Jésus, le Christ, soient toujours avec vous. » Certes mineur, le changement n’est pas moins intéressant. Ne récitons pas banalement des formules, mais attachons-nous à ce que les mots signifient. Redisons en l’occurrence : « Jésus, tu es le Christ, le Messie, l’Envoyé de Dieu. » Nous voulons t’accueillir dans notre cœur comme Syméon et Anne t’ont accueilli dans le Temple.

 

Faire la joie de Dieu

Nous ne sommes pas seuls à la messe. Nous pensons aux saints et aux saintes qui vivent dans le cœur de Dieu, la Vierge Marie, saint Joseph, les apôtres, et tous les saints. Selon le texte latin officiel, tous ces saints ont plu au Seigneur ou, selon l’ancienne traduction française, ils ont vécu dans son amitié. La nouvelle traduction de la prière eucharistique n° 2 écrit : « Tous les saints qui ont fait ta joie au long des âges. » Dieu n’est pas là pour inspecter nos défauts. Lui qui veut nous donner sa joie se réjouit de nos progrès dans le bien.

Le péché ou les péchés du monde ?

La nouvelle traduction du missel a opté pour un changement mineur en apparence, un pluriel plutôt qu’un singulier. Désormais, à la place du « péché du monde », nous dirons dans le Gloria : « Toi qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous / reçois notre prière. » Et dans l’Agnus Dei : « Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous / donne-nous la paix. »

Avant tout, une précision. En français, on pourrait croire que ces phrases signifient que Jésus enlève le ou les péchés hors du monde. Mais en fait, d’après le texte grec et latin, il faut comprendre que Jésus ôte le ou les péchés qui est / qui sont celui / ceux du monde, c’est-à-dire de l’humanité marquée par le mal.

L’ancienne version française était conforme au seul texte de la Bible à mentionner cette expression : « Le lendemain, voyant Jésus venir vers lui, Jean déclara : Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jean 1,29). La nouvelle version se veut une traduction littérale des chants latins qui emploient le pluriel : « Qui tollis peccata mundi. » Une traduction n’est donc pas meilleure que l’autre. Mais en revanche, si on emploie le pluriel, on souligne davantage la liberté, la responsabilité personnelle. En effet, le singulier insisterait sur le fardeau du mal qui est celui du monde, de l’humanité, et qui pèse sur elle comme une fatalité. Le pluriel en revanche dénoterait la somme des actes libres commis par les individus qui, par eux, se détachent plus ou moins de Dieu.

Un même glissement se retrouve au début de l’acte pénitentiel. Dans l’ancienne traduction, on demandait à se préparer à l’eucharistie « en reconnaissant que nous sommes pécheurs ». On dit désormais qu’il faut se préparer « en reconnaissant que nous avons péché ». Le texte met l’accent sur les actes libres négatifs plutôt que sur la condition humaine marquée par le péché originel.

Dans la lumière de ton visage

A chaque messe, nous prions pour les défunts. Dans la prière eucharistique n° 2, nous demandions jusqu’à présent pour tous les croyants et les hommes qui ont quitté cette vie : « Reçois-les dans ta lumière, auprès de toi. » La nouvelle traduction est plus proche de l’original latin : « Accueille-les dans la lumière de ton visage. » Il est important de développer une spiritualité de la face du Seigneur, à l’instar de sainte Thérèse de Lisieux, dont le nom complet de religieuse était Sœur Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face. Cette mystique prend sa source dans la Bible, notamment dans les psaumes : « C’est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face » (Psaume 26,9). Nous pouvons aussi nous référer à la bénédiction qui est particulièrement adaptée au jour de l’an, qui provient du livre des Nombres : « Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage » (Nombres 6,25), texte repris dans la bénédiction de saint François à Frère Léon : « Qu’il tourne vers toi son visage et te donne la paix, que le Seigneur, frère Léon, te bénisse ! » Signalons également l’admirable chant Ô visage de Jésus-Christ, disponible sur internet, dont les paroles sont de Gérard Rolland et la musique de l’abbé Kaelin : « Ô visage de Jésus-Christ, horizon de tous nos visages, lendemain de tous nos regards, dévoilé dans tous nos partages, donne-nous soif, donne-nous faim, Jésus, de te connaître enfin ! »


L’annonce des fêtes de l’année


Selon un usage ancien de l’Eglise, un diacre ou un chantre peut annoncer depuis l’ambon, au jour de l’Epiphanie, la date de Pâques et des fêtes qui en dépendent, le mercredi des Cendres, l’Ascension, la Pentecôte et la Fête-Dieu, terminant par la date du premier dimanche de l’Avent suivant. Le texte est prévu pour être lu ou chanté. Il est désormais inclus dans la nouvelle traduction du missel. D’une certaine manière, cette insertion unit le temps de Noël à celui de Pâques, le temps de l’incarnation du Fils de Dieu et celui du salut qu’il nous apporte par sa mort et sa résurrection.

Quelques précisions de traduction

La nouvelle traduction du missel ne modifie pas tellement les dialogues entre le prêtre et les fidèles. En revanche, bien des textes de prières sont revus et corrigés, qui donnent un sens plus précis. Voici pour preuve des extraits de la messe de saint Etienne, patron de la paroisse de Belfaux, fêté au lendemain de Noël.

L’ancienne antienne d’ouverture disait à son propos : « Il a reçu la récompense du vainqueur. » La nouvelle traduction est la suivante : « Il reçoit dans les cieux la couronne du vainqueur. » Ce texte fait un jeu de mot heureux avec Etienne, Stephanos en grec, qui signifie la couronne, ou celui qui a reçu la couronne, le couronné.

Dans la prière d’ouverture, à la place de demander à Dieu à l’exemple de saint Etienne « l’amour de nos ennemis », on demande d’« apprendre à aimer jusqu’à nos ennemis ». Le « jusqu’à » possède toute son importance. C’est plus réaliste. Cette expression montre plus clairement qu’il n’est pas évident d’aimer ceux qui ne nous aiment pas.

Dans la prière sur les offrandes, on parlait avant de « l’anniversaire de saint Etienne ». Maintenant on parle de « la glorieuse mémoire du bienheureux Etienne, ton martyr ». C’est plus long certes, plus solennel, mais on emploie le mot « mémoire », qui est un terme technique invitant à ne pas oublier les saints.

Après la communion, plutôt que de remercier Dieu « pour l’abondance de [ses] bienfaits », on lui dit merci « pour les multiples gestes de [sa] miséricorde envers nous ». Le texte met l’accent sur un des aspects majeurs de Dieu, sa tendresse, son amour rempli de compassion envers l’humanité, sur saint Etienne et sur nous.

Jésus-Christ né de la Vierge Marie

Dans la liturgie, à côté des paroles, les gestes sont importants. Jusqu’à maintenant, dans le « grand » Credo, dit de Nicée-Constantinople, fidèles et célébrants étaient invités à s’incliner au moment où l’on proclame que Jésus, par l’Esprit Saint, a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme. A Noël, on se met même à genoux, pour montrer l’humilité du Fils de Dieu.

La nouvelle traduction du missel insiste sur ce point puisqu’il est question de s’incliner également dans le « petit » Credo, le symbole des Apôtres, celui qui est le plus souvent pris à la messe. Alors que jusqu’à présent nous le récitions debout sans rien faire de particulier, désormais nous inclinerons la tête lorsque nous dirons « qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie ». Ce sera une manière de rendre grâces à Dieu qui est venu jusqu’à nous, tout petit dans l’enfant de la crèche.

Consubstantiel au Père

Il existe deux textes traditionnels du Credo, le « symbole des apôtres », plus court, souvent utilisé à la messe, et le « symbole de Nicée-Constantinople », appelé ainsi car il fut adopté lors de conciles tenus dans ces villes au 4e siècle. Dans ce grand texte, on disait jusqu’à maintenant, en français : Je crois en Jésus-Christ, « engendré, non pas créé, de même nature que le Père, et par lui tout a été fait ». Dorénavant, on dira : Je crois en Jésus-Christ, « engendré, non pas créé, consubstantiel au Père, et par lui tout a été fait ». Ce mot est certes compliqué, mais il a un sens très fort et souligne la même substance, la même vie, entre le Père et le Fils. Tous les individus humains sont de la même nature, la nature humaine. Peut-on dire qu’ils sont liés les uns aux autres aussi étroitement que Jésus l’est à son Père ? Bien sûr que non. Recourrons donc au terme technique de consubstantiel qui désigne la relation entre le Père et le Fils, et ainsi nous montrerons combien forte est leur union.

Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau !

Le temps de l’Avent nous prépare non seulement à la fête de Noël, mais aussi à la venue du Christ à la fin du monde. La nouvelle traduction française du missel retrouve cette dimension. Jusqu’à maintenant, avant la communion, le prêtre disait : « Heureux les invités au repas du Seigneur ! » Pour nous, cela renvoyait sans doute au repas actuel de l’eucharistie. Mais en fait, le texte original en latin évoquait l’Apocalypse : « Puis l’ange me dit : Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau ! Il ajouta : Ce sont les paroles véritables de Dieu » (Ap 19,9). Dire désormais « Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau » souligne que la messe annonce déjà le festin définitif, la joie définitive dans le royaume des cieux.