Une légende du XVe siècle explique qu’autour du lac de Thoune, douze églises ont été érigées avant l’an mil comme filiales de l’église de pèlerinage d’Einigen. Nous visiterons l’une d’entre elles, la collégiale d’Amsoldingen.
Thoune se trouve à la sortie du lac du même nom. Son nom provient du gaulois dunon (= lieu fortifié). On remarque spécialement son château élancé et sa grande église réformée. Après une visite de la vieille ville et une promenade le long de la rivière Aar, il est préférable de prendre le bus pour rejoindre l’extrémité de l’agglomération, où débute notre promenade (carte).
Nous partons en effet du lieu-dit Schoren (566 m), où se trouve un cimetière. Nous traversons la plaine en direction du hameau de Buchholz. On voit bien le Stockhorn et le Niesen, deux montagnes emblématiques des Préalpes bernoises.
Après le hameau de Buchholz, le chemin traverse un tunnel sous l’autoroute puis entre dans le Burgerwald, une forêt aux multiples chemins, qui abrite aussi des installations militaires. Mais notre itinéraire est bien dans la nature. Avec une particularité quand même : cette nature porte la marque d’une ancienne intervention humaine, nous allons le voir.
L’itinéraire descend abruptement vers Witau pour le lieu-dit Tropsteinhöhle, dans un vallon arrosé par un charmant ruisseau, le Glütschbach. L’endroit est romantique à souhait. Mais son ambiance est moderne. En effet, trois siècles plus tôt, il y avait là un torrent de montagne très puissant, dont la force pouvait être dévastatrice. C’était la Kander, descendant de Kandersteg. En dessous de Wimmis, elle était encore grossie de la Simme, autre grande rivière des Alpes. La Kander empruntait le vallon du Glütschbach et se jetait dans l’Aar en aval de Thoune, en face d’une autre rivière encore, la Zulg venant de la rive droite. En période de crues, l’eau était tellement abondante que l’Aar ne pouvait plus passer. Les crues provoquaient des inondations à Thoune.
On pensa trouver la solution en construisant un canal dérivant une partie de la Kander directement dans le lac. Dans les années 1710, des travaux titanesques pour l’époque creusèrent une galerie dans la moraine séparant le vallon où nous sommes du lac de Thoune. Mais voilà que la rivière s’engouffra par là et emporta toute l’eau dans le lac ! Comme on n’avait pas agrandi l’Aar à la sortie du lac, il y avait désormais trop d’eau et Thoune connaissait à nouveau les inondations. La situation était semblable ou même pire qu’avant… Il fallut longtemps pour réguler le débit des eaux. Malgré cela, l’aménagement de la Kander fut un travail pionnier parmi les chantiers hydrologiques de la Suisse. Au XIXe siècle, lors de la correction des eaux du Jura, le canal dérivant l’Aar dans le lac de Bienne fut précédé du creusement du canal de Nidau-Büren qui sortait de ce même lac. L’erreur commise au percement de la galerie de la Kander était ainsi évitée.
Dans la vallée désormais désertée par les eaux de la Kander, on s’est arrangé pour faire venir un ruisseau descendant des pieds du Stockhorn, le Glütschbach. Ainsi les villages de l’ancien lit de la Kander pouvaient quand même avoir de l’eau.
Nous suivons précisément le vallon du Glütschbach vers son aval, vers Allmendigen. Tout en faisant attention à ne pas confondre cette localité avec Amsoldingen, le village que nous cherchons à atteindre. Après 600 m dans le vallon, n’oublions donc pas de bifurquer à gauche et de monter en direction dudit village. Nous marchons pour un temps sur un itinéraire de Compostelle.
C’est vers la collégiale d’Amsoldingen que vont nos pas. Cette église est plus que vénérable. En effet, elle est antérieure à l’époque romane et date des Xe-XIe siècles. Voilà pourquoi on dit que c’est une église « ottonienne », car elle remonte à l’époque de la dynastie des Ottoniens qui régnait alors sur le Saint-Empire romain germanique. On aurait fait venir des pierres depuis les ruines d’Avenches ! Cette construction n’est d’ailleurs pas la première de l’endroit car une église était en fonction dans les années 700. Comme nous l’avons dit, l’église d’Amsoldingen a été rattachée à la légende des douze églises filiales d’Einigen au bord du lac de Thoune (avec Frutigen, Leissigen, Aeschi, Wimmis, Uttigen, Thierachern, Scherzligen, Thoune, Hilterfingen, Sigriswil et Spiez).
A Amsoldingen, on remarque à l’extérieur l’abside principale de l’église et une abside secondaire, toutes deux munies d’une arcature lombarde (petits arcs sous le toit). Le clocher massif plus tardif se voit aussi, bien sûr. A l’intérieur, c’est un vaste espace très sobre qui attend le pèlerin, avec un chœur élevé et une crypte en dessous. L’église réformée était jadis une collégiale dédiée à saint Maurice. Elle était desservie par des chanoines, qui possédaient l’actuel château derrière l’église. En 1484, donc bien avant la Réforme, la communauté fut supprimée et les biens de l’église attribués aux chanoines de la grande église Saint-Vincent de Berne. Les habitants de la région n’acceptèrent cette mesure qu’à contre cœur.
Notre prochaine étape (et sommet de l’excursion, 759 m) est une auberge de campagne nommée Hohlinden. Il suffit de suivre les panneaux indicateurs. On longe d’abord la route pour Höfen avant de bifurquer sur la gauche et de passer par quelques maisons (à Spiegel il y avait un chien lors de notre repérage). N’oublions pas de nous retourner car le spectacle est mérité. En effet, on distingue bien le lac d’Amsoldingen à côté de l’église et du château d’Amsoldingen. Même s’il ne s’étend que sur 38 ha, ce plan d’eau est le troisième en superficie de la région, après le lac de Thoune et celui de Brienz ! Nous voyons également la ville de Thoune, son château, son église et son lac. Et de l’autre côté, c’est la silhouette caractéristique du Stockhorn (2190 m), qui se détache de la chaîne des Gantrisch.
Depuis l’auberge de Hohlinden, nous redescendons en direction de Schoren. Nous passons tout d’abord par la forêt puis rejoignons le vallon du Glütschbach, que nous suivons sur 350 m jusqu’à la Tropsteinhöhle avant de retrouver notre itinéraire pour l’aller (traversée du Burgerwald, puis de l’autoroute et du hameau de Buchholz).
Indications pratiques
Transports publics : train Fribourg-Thoune ; depuis la gare prendre les bus n° 2 ou 5 pour le cimetière de Schoren (Schorenfriedhof).
Parking : payant au cimetière de Schoren.
Distance : 11,3 km.
Durée : 3h.