Le Tilleul des catholiques

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Un arbre vénérable se dresse en dessus de Boveresse dans le Val de Travers. Il s’agit du « Tilleul des catholiques », lieu de culte singulier dans cette contrée acquise à la Réforme. Notre parcours, une boucle depuis Couvet, ira le visiter en suivant l’ancienne Vy aux Moines qui reliait le prieuré de Môtiers à l’abbaye franc-comtoise de Montbenoît. Nous serons également pèlerins de Jean-Jacques Rousseau, qui a habité plusieurs années le Val de Travers (carte).

Gros bourg du Val de Travers, Couvet (736 m) se trouve sur la rivière Areuse, que nous longeons dans la plaine avant de suivre son affluent, le Bied de Môtiers. Le parcours n’est pas pénible. Nous effectuons un beau contour dans la vallée en ayant en ligne de mire le clocher de l’église paroissiale de Môtiers. Derrière ce village se profilent le château construit par les comtes de Neuchâtel et les forêts du Jura valdo-neuchâtelois.

 

Dans le mot Môtiers, il y a le mot monastère. Jadis, au Moyen Age, c’était le siège d’un ancien couvent rattaché à l’ordre de Cluny. A côté de l’église conventuelle dédiée à saint Pierre, une autre église sera construite pour les paroissiens, l’église Notre-Dame. Alors que l’église Notre-Dame sert au culte réformé, l’église Saint-Pierre et le prieuré constituent le siège d’une célèbre entreprise de vin mousseux, active dès 1829. Si l’on remontait le village en direction du château et des forêts, on passerait devant la maison habitée par Jean-Jacques Rousseau de 1762 à 1765. Le philosophe profita de son séjour neuchâtelois pour herboriser dans la région.

Depuis Môtiers, nous rejoignons l’autre côté de la vallée, le village de Boveresse, en ayant à notre gauche le village de Fleurier, surmonté du Chapeau de Napoléon, l’extrémité rocheuse de la montagne de Buttes qui a la forme du couvre-chef de l’Empereur des Français.

A Boveresse, la maison la plus intéressante est une vénérable bâtisse qui servait à l’industrie locale par excellence. C’est en effet un séchoir à absinthe. La fée verte connut ses heures de gloire dans la vallée avant sa prohibition au début du XXe siècle, car elle attaquait la santé de ceux qui en abusaient, notamment leur système nerveux. Elle a été réhabilitée voilà peu. A Boveresse, la qualité du sol permettait une culture optimale des plantes entrant dans la composition de la liqueur.

A partir de Boveresse, notre itinéraire prend de l’altitude. Comme annoncé, nous empruntons un ancien chemin, la Vy (via) aux Moines qui reliait Môtiers à Montbenoît sur le Doubs. Ce parcours sur les hauts plateaux du Jura était jugé plus sûr que le passage à la cluse du château de Joux près de Pontarlier. On monte dans la forêt, en passant sous la voie ferrée Neuchâtel-Pontarlier. A un moment, une pancarte signalera le « Tilleul des moines », qui se trouve le long du chemin à l’altitude de 930 m environ.

Il y a beaucoup d’arbres dans la forêt, mais ce Tilleul des catholiques ou Tilleul des moines se remarque aisément par la forme épaisse du tronc, auquel succèdent des branches beaucoup plus frêles. C’est presque un miracle qu’il soit encore vivant, car sa base est toute creuse. Il doit être très ancien. Du côté amont, on voit que le Tilleul abrite une statue et une icône de Marie. Dans les forêts et les montagnes fribourgeoises, les statues de Marie ne sont pas rares. Ici à Neuchâtel, ce n’est pas le cas, car la région est de tradition protestante. La présence de Marie au Tilleul des catholiques est donc d’autant plus surprenante. Avant la Réforme, il semble qu’il y avait là une image de Notre-Dame. Elle fut enlevée lors des troubles confessionnels, mais l’endroit resta nimbé d’une certaine aura de sacré et l’arbre fut toujours épargné par la hache des bûcherons. En 1567, on en fait mention lors d’une délimitation de forêt. Nous ignorons depuis quand le tilleul est à nouveau agrémenté d’une image de Marie.

Nous continuons à monter dans la forêt avant d’atteindre un plateau, où le paysage se fait un peu montagnard. Le point culminant du parcours est situé à l’altitude de 1073 m, là où la Vy aux Moines grimpe pour rejoindre le lac des Taillères et la vallée de la Brévine, puis l’abbaye de Montbenoît. Nous voyons sur notre gauche un grand domaine, avec des volets bleus et blancs. C’est Montlési (Mon loisir), une propriété construite par Abram de Pury, un notable du XVIIIe siècle, ami de Jean-Jacques Rousseau, qui y séjourna. La couleur des volets correspond aux couleurs de la Bavière, car le notable en question voulait honorer l’épouse bavaroise du roi de Prusse, prince de Neuchâtel. Le manoir a été incendié, mais reconstruit à l’identique en 1799.

A défaut de continuer sur la Vy aux Moines, nous poursuivons sur le plateau, passant devant une autre propriété puis on descend. On rejoindra bientôt la route Fleurier-La Brévine, puis on repart sur la descente en direction de Couvet. A la sortie de la forêt se trouve une cabane et un lieu de pause offrant une belle vue. Nous traversons ensuite le hameau de Plancemont.

Parvenus à la grand-route au centre de Couvet, nous la remontons jusqu’à un giratoire, en passant devant un ancien sanctuaire du XIXe siècle, la chapelle indépendante (car rattachée à l’Eglise indépendante, séparée de l’Eglise protestante cantonale de 1873 à 1943), devenue salle de concert. A la hauteur du giratoire, en descendant à la gare, la première maison sur notre droite est le lieu de naissance d’un illustre citoyen, l’écrivain Denis de Rougemont (1906-1985), philosophe chrétien personnaliste, cofondateur de la revue Esprit, auteur notamment de L’amour et l’Occident. Plus bas, avant l’église, on trouvera le buste d’un autre Neuchâtelois célèbre, Ferdinand Berthoud (1727-1807). L’inscription nous apprend que cet homme natif du hameau de Plancemont était « horloger mécanicien de la marine, membre de l’Institut de France et de la société royale de Londres », et aussi « chevalier de la Légion d’Honneur ». Il a l’honneur de composer l’article « horlogerie » dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Pour la petite histoire, il est décédé à Groslay, non pas le village dans notre unité pastorale, mais un autre Groslay en France, dans le Val-d’Oise.

Informations pratiques

Transports publics : depuis Neuchâtel, ligne Neuchâtel-Buttes, arrêt à Couvet.

Parking : centre sportif entre Couvet et Boveresse sur la route cantonale, à côté du chemin balisé le long de l’Areuse.

Distance : 11,2 km.

Durée : 3h10.