Büren est une paisible cité médiévale au bord de l’Aar, entre Bienne et Soleure. Durant un demi-siècle, une chapelle construite en sa périphérie abrita un important pèlerinage, célèbre au-delà des frontières. En effet, à la chapelle mariale d’Oberbüren, on venait apporter des enfants morts sans baptême, dans l’espérance d’une résurrection momentanée. Nous visiterons l’endroit puis ferons une boucle entre la colline boisée et le cours de l’ancienne Aar (carte).
La théologie de l’époque, qui a bien changé aujourd’hui, considérait que les enfants mort-nés, donc non baptisés, étaient exclus du paradis. Toutefois, de nombreuses personnes étaient persuadées qu’en certains endroits de pèlerinage, ces enfants pouvaient ressusciter, le temps de recevoir le sacrement salvateur conféré par l’eau, signe de vie. Il en allait ainsi à Oberbüren, à la chapelle mentionnée à la fin du XIIe siècle, attestée comme sanctuaire « à répit » entre la fin du XVe siècle et 1528, moment où la ville de Berne, qui avait été sa fervente promotrice, le réprima désormais en adoptant la Réforme. Des fouilles ont permis de retrouver les restes mortels de nombreux enfants, dont certains fœtus très jeunes.
Pour aller au site de la chapelle mariale depuis la gare de Büren (443 m), il faut rejoindre l’ancienne voie ferrée pour Soleure (Lindenweg), continuer tout droit (Akazienweg) et prendre la deuxième rue à droite (Kirchweg) pour Oberbüren où se trouve un panneau d’explication et un monument commémoratif.
Alors qu’il ne reste rien de la chapelle, le monument moderne rappelle l’ancienne pratique du baptême « à répit ». De loin, il ressemble à une antenne de télévision mais c’est une plume stylisée. Elle fait référence au moyen de contrôle de la résurrection momentanée des enfants, qu’on avait préalablement réchauffés avec des charbons et des bougies. On plaçait sur leurs lèvres une plume. Si elle se mettait à bouger, l’enfant était vivant et pouvait légitimement recevoir l’eau sainte ! La plume ne constatait que des ondes de chaleur, mais cela était suffisant dans l’esprit de beaucoup.
En pensant à toutes les personnes éplorées qui trouvèrent une consolation dans le rite spécial d’Oberbüren, en pensant aussi à la valeur symbolique que prend l’eau dans le christianisme et beaucoup d’autres religions, nous continuons notre promenade en prenant la route de la forêt du Städtiberg. Nous ne serons pas au bout de l’étrange car dans la forêt se trouvent des pierres spéciales.
Au point 513 m dans la forêt, on quitte le chemin balisé pour le chemin de droite, dans le quartier appelé Jungbaan. Après un kilomètre, il conduit à un petit « col » (549 m) puis nous tournons à droite.
Si l’on désire visiter la première pierre mystérieuse, la Schalenstein ou Schalestei (pierre à cupules), on quittera à un certain moment ce chemin pour un aller-retour en montant, à gauche, vers le sommet de la colline boisée. Localiser la pierre, assez basse, sur le plateau sommital demande une certaine patience. Cette pierre est munie d’une quarantaine de cupules, c’est-à-dire des trous hémisphériques ou écuelles. La pratique des pierres à trous est diffusée sur la terre entière. Sa signification nous échappe. Était-ce un réceptacle d’offrandes, une représentation de constellations, un simple jeu ? De plus, on ne sait pas à quelle époque ces pierres ont été creusées.
Si on renonce à la visite du plateau sommital, on continuera sur le chemin venant du petit « col ». A proximité d’une cabane forestière, il rejoint l’itinéraire balisé qui monte directement de Büren. Sur l’itinéraire venant de Büren, en contrebas de la cabane forestière, se trouve une belle fontaine en pierre. Elle correspond au sens du baptême signifié à Oberbüren, non pas une eau stagnante, mais une eau fraîche, vivante, qui « coule de source ».
Les deux autres blocs erratiques se voient le long du chemin descendant à Dotzigen. Le premier est la Pierre grise (à gauche) et le second la Pierre bleue (plus loin sur le chemin, à sa droite), assez extraordinaire par son apparence et sa légende. C’est une pierre polie de couleur bleutée qui passait pour être l’endroit de naissance des enfants de la région. Aux enfants, qui posaient à leurs parents des questions embarrassantes sur la manière dont ils étaient venus au monde, on expliquait qu’on était venu les chercher à la Pierre bleue. Rattacher l’origine des enfants à un lieu remarquable existe un peu partout. A Grandvillard en Gruyère par exemple, le lieu d’origine des enfants était la cascade coulant en dessus du village. Ce qui est remarquable à Büren et Dotzigen, c’est de pouvoir mettre en parallèle (sans lien de cause à effet bien sûr) la Pierre bleue avec le sanctuaire voisin d’Oberbüren. Dans les deux cas il s’agit de naissances mystérieuses, physique ou spirituelle selon l’endroit.
Le chemin pour Dotzigen suit un chemin creux et débouche derrière la demeure la plus caractéristique du village, un petit château construit à la fin du XIXe siècle par un industriel, le fabricant de tuiles Johann Schaller. On se dirige ensuite vers la gare puis on prend le chemin qui rejoint le cours de l’ancienne Aar.
Dans la région de l’ancienne Aar (le nouveau cours d’eau est détourné d’Aarberg dans le lac de Bienne), on découvre surtout une succession de plans d’eau, de marais et de champs. Les troncs d’arbres rongés signalent la présence des castors.
Notre promenade se termine par la traversée des champs pour regagner Büren, avec la forêt aux pierres mystérieuses à notre droite. L’avancement sur Büren abritait une ancienne forteresse, le Strassberg.
Informations pratiques
Transports publics : train régional Lyss-Büren.
Parking : à côté de la gare de Büren (parking payant ou zone bleue 4h) ; gratuit à l’orée de l’Eichwald à Oberbüren.
Distance (avec l’aller-retour à la Schalenstein) : 11,2 km.
Durée : 2h50.